Histoire de la finance islamique

La finance islamique est un système financier basé sur les principes de la loi islamique (la charia). Contrairement aux systèmes financiers traditionnels, elle interdit l’intérêt (riba) et prône des investissements éthiques et responsables. La finance islamique repose sur des contrats de partage des profits et des pertes, l’achat et la vente de biens tangibles, et la promotion de l’équité et de la justice dans les transactions financières. Ce modèle attire de plus en plus d’adeptes à travers le monde pour son approche éthique et transparente des affaires financières.

Aux origines

Même si la plupart des historiens de l’économie s’entendent à dire que la finance islamique est un phénomène moderne, il n’en reste pas moins qu’entre le VIII ème et le XII ème siècle de notre ère on observe une forme précoce d’économie que certains qualifient de «capitalisme islamique». L’économie monétaire de l’époque était basé sur le dinar, qui servit rapidement à rapprocher des régions qui étaient auparavant économiquement indépendantes.

Un certain nombre de concepts économiques et techniques ont été appliqués dans les services bancaires islamiques dès cette époque, parmi lesquelles, les lettres de change, le partenariat, la capitalisation, les chèques, les billets à ordre, le prêt, les comptes transactionnels … Au cours de l’ère médiéval on retrouve également de nombreuses formes de la finance islamique qui furent à partir du XIII ème siècle perfectionnées.

Le mot Riba signifie l’usure, selon la terminologie propre à la charia. La définition de la riba dans la jurisprudence islamique classique peut s’entendre ainsi : « plus-value, sans contrepartie« .

Appliquer des intérêts pouvait néanmoins devenir licite dans certaines circonstances. Par exemple les devises garanties par un gouvernement pouvant honorer la valeur de la monnaie ou encore celles basées sur des matériaux comme le papier ou les métaux de base ont été autorisées à voir des intérêts appliquées. Lorsque les monnaies de métaux de base ont été introduites dans le monde islamique, les juristes islamiques n’ont pas vu d’un bon oeil la valeur numérique de la monnaie, qui en soit ne devrait représenter que la valeur réelle de l’argent, déterminée par le poids seulement. La chose fût alors contournée par la valeur en terme de poids. Prenons par exemple une dette de 1000 dinars d’or. Elle peut être remboursée 1050 dinars, mais seulement à partir du moment que le poids total de cette somme soit égal à celui des 1000 dinars d’or initiaux.

La finance islamique moderne

Les premières références à la réorganisation du système financier sur la base du partage des profits plutôt que sur l’intérêt se retrouvent dan les années 1940 et furent suivies de positions beaucoup plus élaborées au cours des années 1950 et 1960 1.

Ils ont tous reconnu la nécessité pour les banques commerciales de se baser sur la perception de «mal nécessaire». Ils ont proposé un système bancaire basé sur le concept de Mudarabha, le partage des profits et des pertes.

Ces prémices de la finance islamique moderne ont attiré l’intérêt de nombreux politiques dans le monde musulman, notamment au Pakistan. C’est donc à partir du milieu des années 1950 2.

Dès le début des années 1970 les institutions s’impliquent de plus en plus. L’économie islamique devient alors une pierre angulaire de la construction des Etats. Conférence des ministres des Finances des pays islamiques, à Karachi en 1970, Etude égyptienne, en 1972, Première Conférence internationale sur l’économie islamique de La Mecque en 1976, conférence économique internationale à Londres en 1977 … L’implication des institutions et des gouvernements a conduit à l’application de la théorie à la pratique et a abouti à la création de la première banque Halal : La Banque islamique de développement, une banque inter-gouvernementale créée en 1975.

La première expérience moderne de mise en pratique du système bancaire islamique, en 1963, a été entrepris en Égypte, prenant la forme d’une caisse d’épargne basée sur l’intéressement dans la ville égyptienne de Mit Ghamr.

En 1972, le projet d’épargne Mit Ghamr été inclus à ceux de la Nasr Social Bank qui est toujours en activité en Egypte. En 1975, la Banque islamique de développement a été mise en place avec pour mission de fournir un financement à des projets dans les pays membres.

La première banque commerciale islamique moderne, Dubai Islamic Bank, a ouvert ses portes en 1975. Dans les premières années, les produits proposés restent basiques et finalement assez proches des produits bancaires classiques. Mais depuis peu, la finance islamique commence à connaitre un fort développement dans de nouveaux produits et services.

Aujourd’hui

La finance islamique connait une croissance à un taux de 10-15% par an , avec des signes de croissance future. Il existe actuellement plus de 300 établissements bancaires répartis dans 51 pays. The Economist 3 estime que plus de 822 milliards de $ d’actifs islamiques sont en gérés par les banques conformes au principe de la charia. Actuellement, la finance islamique représente la plus forte croissance du système financier mondial.

  1. Mawdudi, (1940), Anwar Qureshi (1946), Naiem Siddiqi (1948), Mahmud Ahmad (1952), Mawdudi (1950), Muhammad Hamidullah (1944, 1955, 1957 et 1962) ↩︎
  2. Muhammad Uzair (1955), Abdullah Al-Araby (1967), Nejatullah Siddiqi (1961, 1969), Al-Najjar (1971), Baqir Al-Sadr (1961, 1974) ↩︎
  3. « Sharia calling« . The Economist. 2009-11-12. ↩︎
Retour en haut