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La Corée du Sud teste la monnaie numérique de demain

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Imaginez un virement bancaire qui s’exécute instantanément, sans risque d’erreur, ou une aide publique qui ne puisse être dépensée que pour l’usage auquel elle est destinée. Ce scénario n’appartient plus à la science-fiction. La Corée du Sud vient de mener l’une des plus vastes expérimentations mondiales de monnaie numérique programmable, impliquant près de 80 000 citoyens, des milliers de commerçants et plusieurs grandes banques.

Présentés lors du forum annuel de la Banque centrale européenne (BCE) organisé à Sintra, au Portugal, les résultats du Project Hangang montrent qu’une nouvelle génération de paiements pourrait progressivement transformer le fonctionnement des banques, des aides publiques et même des marchés financiers.

Une monnaie numérique… mais différente des cryptomonnaies

Contrairement au Bitcoin ou aux stablecoins, le projet sud-coréen ne cherche pas à créer une nouvelle monnaie indépendante. L’objectif est tout autre : moderniser la monnaie existante en la rendant programmable grâce à la tokenisation.

Les dépôts bancaires traditionnels sont convertis sous forme de jetons numériques garantis par la banque centrale

Concrètement, les dépôts bancaires traditionnels sont convertis sous forme de jetons numériques garantis par la banque centrale. Chaque unité numérique conserve exactement la même valeur que la monnaie classique, tout en bénéficiant de fonctionnalités supplémentaires permettant d’automatiser certaines opérations.

Cette approche conserve le rôle central des banques commerciales tout en renforçant la sécurité des règlements grâce à l’intervention de la banque centrale.

Les concepteurs du projet estiment ainsi éviter plusieurs limites rencontrées aujourd’hui par certaines infrastructures basées sur la blockchain, notamment les difficultés d’interopérabilité entre différents réseaux.

Près de 80 000 utilisateurs ont participé au test

Le Project Hangang n’est plus un simple prototype développé en laboratoire. Entre avril et juin 2025, il a été testé dans des conditions réelles auprès de particuliers et de commerçants.

Des paiements du quotidien

Près de 80 000 citoyens sud-coréens ont utilisé cette nouvelle infrastructure de paiement dans leurs achats quotidiens. Plus de 12 000 commerçants ont également participé à l’expérimentation, aux côtés de sept grandes banques nationales.

L’objectif consistait à vérifier si cette monnaie numérique pouvait être utilisée avec la même simplicité que les moyens de paiement habituels, sans modifier les habitudes des utilisateurs.

Des transactions sécurisées par la banque centrale

Le fonctionnement repose sur un principe original : lorsqu’un client paie un commerçant appartenant à une autre banque, le jeton numérique est détruit dans la banque de départ puis recréé instantanément dans la banque d’arrivée.

La Banque de Corée garantit simultanément le règlement entre les deux établissements. Ce mécanisme permet d’éviter tout risque de paiement inachevé ou de déséquilibre entre les banques participantes.

Pour l’utilisateur, cette complexité technique reste totalement invisible. L’expérience est comparable à un paiement bancaire classique, mais avec une infrastructure beaucoup plus automatisée.

Des aides publiques impossibles à détourner

L’une des applications les plus innovantes concerne la distribution des aides de l’État. Grâce à la monnaie programmable, il devient possible de définir précisément les conditions d’utilisation d’un versement.

Lors des premiers essais, certaines collectivités locales et universités sud-coréennes ont distribué des bons numériques destinés à financer des activités culturelles ou éducatives.

Le système vérifie automatiquement, au moment du paiement, que les règles sont respectées. Si la dépense n’entre pas dans les critères prévus, la transaction est simplement refusée.

Cette automatisation réduit considérablement les risques de fraude tout en limitant les contrôles administratifs réalisés après coup.

Pourquoi cette expérience intéresse les banques centrales

Les banques centrales du monde entier travaillent depuis plusieurs années sur les monnaies numériques de banque centrale (MNBC ou CBDC). L’expérience sud-coréenne apporte cette fois un retour d’expérience concret, basé sur plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs.

Les premiers résultats montrent qu’un système unifié pourrait accélérer les paiements, réduire certains coûts opérationnels et faciliter la circulation de la monnaie sans bouleverser le rôle des banques commerciales.

Le projet ouvre également des perspectives pour les règlements de titres financiers, comme les obligations d’État, qui pourraient être transférés et payés au cours d’une seule et même opération.

Une deuxième phase déjà en préparation

Fort des premiers résultats, le projet entre désormais dans une nouvelle étape. Depuis mars 2026, neuf banques participent aux nouveaux essais, contre sept lors de la première expérimentation.

Des ambitions plus importantes

La Corée du Sud prévoit désormais de tester le versement d’aides publiques de grande ampleur via cette infrastructure numérique. Le gouvernement souhaite également expérimenter son utilisation pour certaines dépenses de l’administration.

L’objectif affiché est particulièrement ambitieux : d’ici 2030, environ un quart des fonds du Trésor sud-coréen pourraient transiter par ce nouveau système.

Une technologie encore perfectible

Les chercheurs reconnaissent toutefois que plusieurs défis restent à relever. À ce stade, la nouvelle plateforme et les systèmes bancaires traditionnels ne communiquent pas encore totalement en temps réel.

Certaines données continuent même d’être échangées par des supports sécurisés hors ligne entre différentes infrastructures, preuve que le projet poursuit encore sa phase de maturation.

Vers la banque de demain ?

Si cette expérimentation ne signifie pas que les espèces ou les comptes bancaires traditionnels sont appelés à disparaître, elle illustre clairement la direction prise par de nombreuses banques centrales. L’objectif n’est plus seulement de numériser la monnaie, mais de lui permettre d’exécuter automatiquement certaines règles afin de rendre les paiements plus rapides, plus sûrs et plus efficaces.

Le forum de la BCE organisé à Sintra a ainsi offert une vitrine internationale à cette expérimentation sud-coréenne. Reste désormais à savoir quels pays choisiront de s’inspirer de ce modèle et à quel rythme cette nouvelle génération de monnaie numérique trouvera sa place dans notre quotidien.

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