Alors que les tensions économiques pèsent toujours plus lourdement sur les ménages modestes, le rapport 2024 de l’Observatoire de l’inclusion bancaire (OIB) vient rappeler le rôle crucial que joue l’accès aux services financiers dans la cohésion sociale. Créé pour garantir à chaque citoyen – notamment les plus fragiles – un accès équitable aux services bancaires de base, l’OIB dresse cette année un état des lieux contrasté. Si des progrès sont constatés en matière de repérage et d’accompagnement des publics vulnérables, des marges d’amélioration subsistent, notamment sur la prévention du surendettement et l’effectivité des dispositifs existants. À l’heure où le numérique transforme en profondeur la relation bancaire, les enjeux d’inclusion financière n’ont sans doute jamais été aussi stratégiques.
Un niveau de fragilité financière stable, mais des profils plus vulnérables
Le rapport 2024 1 de l’Observatoire de l’inclusion bancaire (OIB) 2, publié par la Banque de France, met en lumière une situation ambivalente : si le nombre de clients identifiés comme fragiles est resté stable en 2023 (environ 3,6 millions de personnes), leur situation financière se détériore, sous l’effet cumulé de l’inflation, du ralentissement économique et de la pression sur les dépenses contraintes. Les profils concernés sont de plus en plus marqués par la précarité : bénéficiaires de minima sociaux, travailleurs pauvres ou retraités modestes.
Paradoxalement, l’offre spécifique à destination de cette clientèle (OCF) reste peu utilisée. Seuls 647 000 clients en bénéficiaient fin 2023, contre 616 000 un an plus tôt, ce qui reste très inférieur au nombre de personnes éligibles. Ce décalage met en évidence un problème de communication ou d’accessibilité, que le rapport invite à corriger par des campagnes ciblées et une meilleure identification des clients concernés par les banques.
Accompagnement budgétaire : une montée en puissance encourageante
Le rapport souligne une hausse significative des actions d’accompagnement budgétaire, en réponse à une demande croissante de la part des ménages. En 2023, plus de 370 000 personnes ont été orientées vers des dispositifs d’aide, comme les Points conseil budget 3 ou les permanences associatives. Ces structures jouent un rôle clé dans la prévention du surendettement et la reprise en main des finances personnelles.
Les partenariats entre les réseaux bancaires, les collectivités locales et les associations, à l’image de Crésus ou de la Croix-Rouge, ont permis d’améliorer la couverture du territoire, en particulier dans les zones sensibles. L’OIB appelle à poursuivre et renforcer ces initiatives, avec un soutien public et privé coordonné.
Le droit au compte reste sous-utilisé
En 2023, environ 43 000 demandes de droit au compte ont été enregistrées par la Banque de France. Ce chiffre reste stable, mais traduit aussi un recours encore insuffisant à ce dispositif censé garantir un accès minimal aux services bancaires pour tous. L’OIB pointe des freins persistants : mauvaise information des publics concernés, complexité des démarches, manque d’accompagnement individuel, notamment dans les territoires ultramarins et les zones rurales.
L’Observatoire recommande une simplification des procédures, une meilleure formation des agents bancaires et une sensibilisation plus large des professionnels sociaux. Une coordination avec les plateformes sociales et les collectivités territoriales est également jugée nécessaire pour identifier les publics éligibles.
Un regard spécifique sur les outre-mer
La fracture bancaire est particulièrement marquée dans les territoires d’outre-mer, où la bancarisation reste plus faible et les coûts d’accès aux services plus élevés. Le rapport 2024 insiste sur la nécessité d’adapter les dispositifs d’inclusion bancaire aux réalités ultramarines : isolement géographique, moindre densité d’agences, infrastructures numériques inégales.
Le développement des services en ligne ne saurait compenser à lui seul l’insuffisance de guichets physiques, surtout pour les populations peu familiarisées avec le numérique. L’Observatoire invite les établissements bancaires à renforcer leur présence, notamment via des agences mobiles ou des partenariats locaux.
Des outils à affiner pour une inclusion plus efficace
En matière d’évaluation, le rapport 2024 salue les efforts des établissements de crédit pour améliorer le suivi statistique des clients fragiles. Il plaide néanmoins pour une harmonisation accrue des indicateurs et des méthodes d’identification, encore trop hétérogènes d’un réseau à l’autre.
Par ailleurs, l’Observatoire met en lumière le risque croissant d’exclusion numérique, avec une attention particulière portée aux seniors, aux personnes en situation de handicap ou aux ménages sans équipement informatique. Il recommande de combiner inclusion bancaire et inclusion numérique, en développant des formations à la gestion en ligne des comptes et en maintenant des canaux d’accès traditionnels pour les plus vulnérables.
Une dynamique à renforcer face à un contexte économique incertain
Dans un environnement marqué par la tension sur le pouvoir d’achat et la hausse des charges contraintes, les outils d’inclusion bancaire apparaissent plus que jamais essentiels pour garantir un accès équitable aux services financiers. Le rapport 2024 de l’OIB invite les acteurs bancaires, publics et associatifs à renforcer leur coordination, à mieux cibler les publics fragiles, et à adapter leur offre à la réalité sociale des territoires.
Ce travail collectif sera d’autant plus décisif que les inégalités d’accès aux services bancaires recouvrent souvent d’autres formes d’exclusion – sociale, géographique, numérique – et qu’elles conditionnent l’autonomie économique des individus.
- Le rapport 2024 de l’OIB : https://www.banque-france.fr/system/files/2025-06/OIB-2024_Rapport.pdf ↩︎
- Observatoire de l’inclusion bancaire : https://www.banque-france.fr/fr/(…)/linclusion-financiere-et-lobservatoire-de-linclusion-bancaire-oib ↩︎
- Points conseil budget : https://www.economie.gouv.fr/cedef/fiches-pratiques/points-conseil-budget-pcb ↩︎
Enseignant en économie et finance | Pédagogue engagé | Analyste des enjeux contemporains Passionné par l’économie et les mécanismes financiers, j’ai fait de l’enseignement ma vocation. À 41 ans, je consacre ma carrière à transmettre avec clarté et exigence les fondements des marchés, la gestion des ressources financières et les grandes dynamiques économiques qui façonnent notre monde. Depuis plusieurs années, j’interviens auprès d’étudiants et de professionnels en formation continue, en m’attachant à rendre accessibles les…







