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Les taux d’emprunt vont-ils repasser sous les 2 % ?

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La reprise est timide mais tangible : après une année 2024 marquée par l’érosion du pouvoir d’achat et la paralysie du marché immobilier, les taux d’emprunt connaissent enfin un recul sensible. Selon les données publiées par la Banque de France, le taux moyen des nouveaux crédits immobiliers est tombé à 3,13% en avril 2025, contre 4,2% en début d’année. Une baisse rapide, inespérée il y a encore quelques mois, et que certains professionnels du secteur interprètent déjà comme un tournant.

Un marché du crédit en réanimation

Les chiffres sont parlants : en avril, 12,6 milliards d’euros de crédits immobiliers ont été accordés, contre seulement 6,9 milliards en février. Le volume a donc presque doublé en deux mois. Si l’on exclut les renégociations, les nouveaux prêts retrouvent leur niveau d’avril 2023. Le gouverneur de la Banque de France 1, François Villeroy de Galhau, ne cache pas sa satisfaction : « Nous avons gagné la bataille contre l’inflation en Europe », a-t-il affirmé lors d’une intervention télévisée, se félicitant d’une inflation aujourd’hui à moins de 1 %.

L’impact sur le crédit est immédiat. Avec un taux moyen actuel à 3,1 %, la France se positionne en dessous de la moyenne historique observée depuis l’an 2000 (environ 3,5 %). En comparaison, les ménages britanniques empruntent autour de 4,5 %, les Américains au-dessus de 6 %. « L’euro protège notre capacité à emprunter », martèle Villeroy de Galhau, soulignant l’avantage structurel de la stabilité monétaire européenne.

Un contexte porteur mais instable

Pour autant, le retour des taux ultra-bas n’est pas à l’ordre du jour. Le gouverneur de la Banque de France reste prudent : « Il y a un moment où cette baisse s’arrêtera, et nous ne retrouverons probablement pas les taux de 1,5 % d’il y a quatre ans ». Une alerte réaliste, alors même que le taux moyen est reparti légèrement à la hausse en mai, selon l’observatoire Crédit Logement/CSA 2, marquant un palier après plusieurs mois de décrue.

 » Il y a un moment où cette baisse s’arrêtera, et nous ne retrouverons probablement pas les taux de 1,5 % d’il y a quatre ans « 

Cette hausse modeste touche l’ensemble des segments du marché : immobilier neuf, ancien, travaux. Elle traduit une incertitude persistante sur les marchés obligataires, les attentes des investisseurs à l’égard de la politique monétaire de la BCE, et une certaine prudence des banques face aux risques de défaut.

Une fenêtre d’opportunité fragile pour les emprunteurs

Malgré cette légère remontée, la conjoncture reste favorable pour les acquéreurs. Le mot d’ordre du gouverneur est clair : « C’est le bon moment pour emprunter ». Une affirmation qui repose sur un alignement rare : taux en repli, inflation maîtrisée, prix de l’immobilier en stabilisation, voire en recul dans certaines régions.

Ce moment pourrait ne pas durer. Si l’embellie monétaire se confirme, les taux pourraient repasser sous la barre des 3 % au second semestre. Mais un retour durable sous les 2 % semble illusoire à court terme. Les analystes tablent plutôt sur une zone de stabilité autour de 2,5 % à 3 %, conforme aux standards pré-Covid.

La BCE, arbitre déterminant

La décision récente de la Banque centrale européenne de baisser de nouveau son principal taux directeur conforte cette tendance. Mais la BCE devra jongler entre le soutien à l’activité et la vigilance contre un retour de l’inflation. Les prochains mois seront donc cruciaux : la trajectoire des taux d’emprunt dépendra pour beaucoup de la communication et des choix de Francfort.

En attendant, les ménages les plus solvables ont déjà repris le chemin des banques, relancés par une perspective d’accès au crédit redevenue lisible. Mais cette reprise reste fragile, suspendue à une équation économique et géopolitique encore instable. Les 2 % ? Peut-être un jour, mais pas demain.

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