Alors que la Banque centrale européenne (BCE) doit annoncer en octobre 2025 sa décision sur le lancement de l’euro numérique, une étude du cabinet PwC dresse un premier bilan pour le moins alarmant sur les coûts de mise en place pour les banques de la zone euro. Selon cette analyse, commandée par trois fédérations bancaires européennes dont l’EBF (European Banking Federation), la facture pourrait atteindre jusqu’à 30 milliards d’euros.
Un projet technologique ambitieux, une facture salée pour les banques
Présenté comme un moyen de paiement rapide, sûr et accessible à tous, l’euro numérique ne devrait rien coûter aux utilisateurs finaux, qu’il s’agisse des particuliers ou des entreprises. En revanche, les banques devront investir massivement pour adapter leurs infrastructures. Le panel de 19 banques interrogées par PwC estime à plus de 2 milliards d’euros les coûts d’adaptation à elles seules. En extrapolant ce chiffre à l’ensemble du système bancaire européen, le montant pourrait grimper à 18 milliards d’euros, voire 30 milliards si toutes les fonctionnalités de l’euro numérique sont mises en place.
Ces fonctionnalités incluent notamment le paiement hors-ligne, les comptes multiples et l’interopérabilité avec les opérateurs de paiement, autant de briques technologiques nécessitant des investissements importants.
Trois quarts des coûts liés aux adaptations techniques
Selon l’étude, 75 % des coûts seraient liés aux adaptations techniques : développement de nouvelles applications bancaires, création d’interfaces clients, refonte des systèmes d’information, infrastructures cloud et cybersécurité. Les coûts commerciaux représenteraient 16 % (notamment les nouvelles relations contractuelles avec les clients, le marketing ou la formation), tandis que 9 % des dépenses toucheraient à l’organisation opérationnelle (reporting réglementaire, audit, gouvernance).
Le coût moyen par banque est estimé à 110 millions d’euros, un chiffre significatif qui risque d’alourdir les charges d’exploitation à court terme, notamment pour les banques de taille moyenne. Cette situation pourrait accentuer les disparités entre les grands groupes disposant de marges d’investissement et les acteurs plus petits.
Ressources humaines : l’autre impact majeur
L’euro numérique ne pèsera pas seulement sur les finances des banques. Le cabinet PwC met aussi en avant l’impact sur les compétences internes. Près de 46 % des ressources humaines disposant des compétences nécessaires à ces transformations seraient mobilisées chaque année pour les projets liés à l’euro numérique. Une ponction massive qui risque de ralentir fortement la capacité d’innovation du secteur bancaire européen, déjà confronté à de nombreux défis structurels.
Des citoyens encore sceptiques
Si les autorités européennes défendent ce projet comme une réponse à la montée des stablecoins américains et chinois, les citoyens européens restent, eux, largement réservés. Près de six sur dix se disent peu enclins à utiliser l’euro numérique, selon un sondage publié au printemps. Les craintes portent sur la perte de confidentialité, la complexité d’usage, et l’utilité perçue, alors que les systèmes de paiement privés sont déjà bien implantés.
Malgré ces réticences, la Commission européenne présente l’euro numérique comme un outil complémentaire, garant d’une souveraineté monétaire européenne dans l’aire numérique. « Il s’agit d’une forme de monnaie publique numérique, fiable, sûre et acceptée partout dans la zone euro », souligne-t-elle dans un communiqué récent.
Une décision très attendue en octobre
La BCE doit clore sa phase de test, lancée en octobre 2023, et annoncer d’ici octobre 2025 si l’euro numérique sera bel et bien lancé à l’horizon 2027. Cette décision s’annonce déterminante pour l’équilibre futur du secteur bancaire européen. En cas de validation, les banques devront arbitrer entre investissement et efficience, tout en rassurant leurs clients sur les implications concrètes de cette nouvelle forme monétaire. Pour les institutions, c’est un véritable saut dans l’inconnu à anticiper sans tarder.
Enseignant en économie et finance | Pédagogue engagé | Analyste des enjeux contemporains Passionné par l’économie et les mécanismes financiers, j’ai fait de l’enseignement ma vocation. À 41 ans, je consacre ma carrière à transmettre avec clarté et exigence les fondements des marchés, la gestion des ressources financières et les grandes dynamiques économiques qui façonnent notre monde. Depuis plusieurs années, j’interviens auprès d’étudiants et de professionnels en formation continue, en m’attachant à rendre accessibles les…







