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Revolut muscle son ancrage français pour séduire le régulateur

Béatrice Cossa-Dumurgier

En quête d’un agrément bancaire dans l’Hexagone, la néobanque britannique Revolut accélère sa stratégie d’ancrage local en nommant une dirigeante chevronnée à la tête de son futur siège parisien. Un signal fort adressé au régulateur, dans un contexte de consolidation de ses ambitions européennes.

Une dirigeante expérimentée pour piloter l’Europe de l’Ouest

À peine un mois après l’annonce de son second siège européen à Paris, Revolut confie sa direction régionale à Béatrice Cossa-Dumurgier. Polytechnicienne, ex-McKinsey et ancienne cadre dirigeante de BNP Paribas, elle prend la tête de l’Europe de l’Ouest (France, Italie, Espagne, Portugal, Allemagne, Irlande). Elle est notamment connue pour avoir contribué au lancement de Hello bank! et piloté la stratégie opérationnelle de la banque de détail chez BNP.

Son profil rassure : experte, implantée dans les réseaux financiers français, et rompue aux enjeux réglementaires. Cette nomination s’inscrit dans une volonté claire : montrer patte blanche à l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) 1, auprès de laquelle Revolut a récemment déposé une demande d’agrément.

Une ambition forte sur le marché français

La France représente déjà le 2ème marché de Revolut derrière le Royaume-Uni, avec plus de 5 millions de clients. Et la croissance y est rapide. « La France est notre marché à la plus forte dynamique. Elle pourrait même dépasser le Royaume-Uni dans les années à venir », anticipe Béatrice Cossa-Dumurgier.

Revolut vise ni plus ni moins que le statut de banque principale pour ses utilisateurs. À cet effet, le groupe prévoit d’investir plus de 1 milliard d’euros en France d’ici 2030 et d’employer 200 personnes supplémentaires à Paris d’ici fin 2026. Le siège tricolore deviendra une base stratégique, appuyée par un comité exécutif de six membres, tous français, et par la création d’un conseil d’administration incluant trois administrateurs indépendants, issus du numérique et de la gestion des risques.

Vers une banque universelle 100 % mobile

Avec l’agrément bancaire attendu, Revolut entend élargir sa palette de services en France. Dès fin 2025, la fintech ambitionne de proposer :

  • Des crédits immobiliers, en complément d’une première offre de crédit aux particuliers et aux entreprises ;
  • Des produits d’épargne réglementée : Livret A, PEA, et potentiellement assurance-vie ;
  • Une montée en gamme vers la banque privée en ligne, à l’image de ce que propose BoursoBank ;
  • Une extension de ses services d’épargne locale et de gestion patrimoniale personnalisée.

Sans succursales physiques, Revolut envisage cependant des points de contact symboliques : « Pas d’agences traditionnelles, mais peut-être un vaisseau amiral par pays pour renforcer la proximité client », précise sa nouvelle dirigeante.

Gouvernance renforcée pour convaincre l’ACPR

Revolut ne veut laisser aucun angle mort. Supervisée depuis 18 mois par la BCE, la fintech a appris à composer avec les attentes des régulateurs. Elle a notamment peiné à décrocher une licence au Royaume-Uni, ce qui l’incite à verrouiller sa gouvernance sur le continent.

Le siège parisien disposera ainsi d’un conseil d’administration volontairement indépendant, un gage de sérieux pour une société non cotée. L’objectif affiché : aligner la gouvernance de Revolut avec les standards des établissements bancaires traditionnels, sans en reproduire les rigidités. Un équilibre délicat, mais indispensable à la légitimation de la néobanque sur un marché mature et réglementé.

Un tournant stratégique pour la fintech européenne

Déjà présente dans 39 pays et revendiquant 60 millions de clients, Revolut s’apprête à franchir une nouvelle étape : celle de la maturité institutionnelle. En cherchant à obtenir une licence en France, la start-up bancaire fait le pari d’un ancrage territorial fort pour rassurer régulateurs, clients et partenaires.

Ce tournant s’opère dans un contexte concurrentiel tendu, où les néobanques doivent démontrer leur robustesse à long terme. Pour Revolut, l’enjeu est double : pénétrer le cœur du marché bancaire français, tout en consolidant son image d’acteur responsable, innovant et pleinement intégré au système financier européen.

  1. Autorité de contrôle prudentiel et de résolution : https://acpr.banque-france.fr/fr ↩︎
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