La licorne française Qonto franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de montée en puissance. En déposant une demande d’agrément bancaire auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) 1, la fintech créée en 2017 espère décrocher le sésame qui lui permettra de devenir un établissement de crédit à part entière. Objectif affiché : offrir directement des financements aux PME et consolider sa place comme acteur de référence dans la gestion financière des entreprises.
Un tournant stratégique vers l’indépendance
Le passage du statut d’établissement de paiement à celui de banque est loin d’être anodin. Il s’agit pour Qonto d’un changement structurel majeur qui lui permettrait de se libérer de ses dépendances à des partenaires bancaires extérieurs et de maîtriser totalement l’ensemble de sa chaîne de valeur. Cette autonomie passe par la capacité à gérer elle-même les dépôts de ses clients, mais aussi à distribuer des crédits directement.
« C’est une étape importante de notre développement », a déclaré Alexandre Prot, cofondateur de Qonto, lors d’une conférence de presse. Pour maximiser ses chances d’obtenir le précieux agrément, la fintech a renforcé son conseil d’administration avec des profils expérimentés issus du monde bancaire, comme Jean-Pierre Mustier (ex-UniCredit) et Françoise Brougher (ex-Google).
Si l’entreprise se montre ambitieuse, elle garde la tête froide : le processus d’obtention pourrait prendre plusieurs années, les exigences réglementaires étant strictes, notamment en matière de fonds propres et de solidité opérationnelle.
Un levier pour muscler l’offre de crédit

Qonto entend mettre cette future licence bancaire au service d’une ambition claire : financer directement les PME. Jusqu’ici, sa capacité à prêter était restreinte par son statut d’établissement de paiement. Pour contourner cette limitation, la société avait lancé une plateforme de financement en 2023, en partenariat avec d’autres fintechs comme October. Elle a également développé une solution maison de paiement fractionné, plafonnée à 10.000 euros et remboursable sur trois mois, financée sur fonds propres.
Avec un agrément bancaire (…) Qonto pourrait mobiliser les dépôts de ses clients pour accorder des crédits plus conséquents
Avec un agrément bancaire, la donne changerait. Qonto pourrait mobiliser les dépôts de ses clients pour accorder des crédits plus conséquents, tout en respectant les règles prudentielles du secteur. Une évolution qui lui permettrait de renforcer son attractivité face aux banques traditionnelles, mais aussi de mieux fidéliser sa base clients.
Consolider un modèle intégré
Depuis ses débuts, Qonto s’est efforcée de bâtir un modèle intégré, en internalisant progressivement ses briques technologiques et financières. Elle s’est affranchie de Treezor, sa solution de banking-as-a-service initiale, pour développer son propre core banking system 2. Plus récemment, elle s’est lancée dans la commercialisation de terminaux de paiement, rompant avec son ancien partenaire SumUp.
Cette logique d’intégration verticale, que la licence bancaire permettrait de compléter, vise à faire de Qonto un guichet unique pour les PME : compte courant, outils de gestion, facturation, carte bancaire, crédit, trésorerie. Le tout accessible depuis une interface unique, pensée pour les besoins spécifiques des petites structures.
Une croissance européenne accélérée
Depuis sa création, Qonto a rapidement conquis plusieurs marchés européens. Après l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne dès 2019, la fintech s’est implantée au Portugal 3, en Belgique, aux Pays-Bas et en Autriche. Elle revendique aujourd’hui 600.000 clients professionnels, avec l’objectif ambitieux d’en atteindre 2 millions d’ici 2030.
Cette expansion a été portée par une levée de fonds record en 2022 : 486 millions d’euros, valorisant l’entreprise à 4,4 milliards d’euros. Elle a aussi été marquée par deux acquisitions stratégiques : l’allemand Penta en 2022 et la plateforme française Regate, spécialisée dans l’automatisation comptable, en 2023.
Une course à la compétitivité sur fond de rentabilité
Face à la multiplication des acteurs sur le segment des TPE/PME, la bataille fait rage. Revolut, de son côté, a réaffirmé ses ambitions dans le secteur avec sa branche Business, qui génère déjà 500 millions d’euros de revenus. De son côté, Pennylane, autre licorne française, a doublé sa valorisation à 2 milliards d’euros au printemps dernier après une levée de fonds de 75 millions.
Dans ce contexte, Qonto mise sur son futur statut bancaire pour se différencier. Désormais rentable depuis 2023, notamment grâce à la hausse des taux d’intérêt qui booste sa marge nette, la fintech dispose des fondations nécessaires pour accélérer. Elle entend capitaliser sur sa marque, son réseau européen et sa maîtrise technologique pour consolider sa position.
Un pari réglementaire et financier à surveiller
L’obtention d’une licence bancaire n’est pas sans contraintes. Qonto devra répondre à des exigences strictes de fonds propres, de gestion des risques, de supervision, et renforcer sa gouvernance. En d’autres termes, passer du statut de fintech agile à celui d’établissement régulé implique un changement de paradigme.
Mais si elle réussit son pari, Qonto pourrait bien s’imposer comme un acteur bancaire majeur pour les entreprises européennes. Avec un modèle orienté service, une croissance soutenue et une rentabilité désormais atteinte, elle coche de nombreuses cases aux yeux des régulateurs et des investisseurs.
Qonto entame sa mue
En entamant officiellement son virage bancaire, Qonto illustre la mue des fintechs vers des modèles plus robustes, plus intégrés, et plus régulés. La promesse initiale – offrir une alternative moderne et efficace aux banques traditionnelles – se transforme peu à peu en réalité. Pour les PME européennes, le paysage bancaire de demain pourrait bien s’écrire entre Paris, Berlin, Lisbonne et Milan. Et Qonto compte bien y jouer un rôle central.
- ACPR : https://acpr.banque-france.fr/fr ↩︎
- Un core banking system (ou système bancaire central) est une plateforme informatique utilisée par les banques pour gérer l’ensemble des opérations essentielles : comptes clients, paiements, prêts, dépôts et transactions en temps réel. C’est le cœur technique qui permet le fonctionnement quotidien d’une institution financière. ↩︎
- Banques au Portugal : https://www.portugal.fr/Banque-au-Portugal-le-guide-complet.html ↩︎
Professionnelle de la banque | Experte en finance personnelle et stratégie patrimoniale Avec plus de 20 ans d’expérience dans le secteur bancaire, je mets mon expertise au service de celles et ceux qui souhaitent donner du sens à leurs projets financiers. Passionnée par la finance, l’économie réelle et la gestion des investissements, j’ai accompagné des centaines de clients, particuliers et entrepreneurs, dans leurs choix d’épargne, de crédit, de placement ou de transmission patrimoniale. Âgée de…







