Texte issu de l’ouvrage "Les yeux ouverts" (1955) de Jacques Duboin [1] (chapitre V, page 31).
Ce livre est un cours complet d’économie politique et de l’histoire économique du XX° siècle.
La première guerre mondiale permit de réaliser d’immenses progrès techniques qui ne provoquèrent aucune surproduction, car celle-ci est inconnue tant qu’il s’agit d’alimenter le champ de bataille. La plupart des producteurs ignorent alors les embarras de Trésorerie. Ils n’ont, en effet, qu’un seul client, l’Etat, dont la demande est quasi illimitée puisque le problème du paiement ne se pose pas plus pour lui que celui de l’équilibre budgétaire. Cependant la tourmente avait duré quatre ans pendant lesquels, outre d’innombrables pertes humaines, on avait accumulé des ruines sur dix de nos plus riches départements littéralement pulvérisés. On estimait qu’un siècle de travail ne suffirait pas pour réparer un désastre pareil. Pourtant, dix ans après le coup de clairon de l’armistice, éclatait une crise mondiale plus profonde que toutes les devancières. Comme à l’ordinaire, on incrimine la surproduction, car le défaut d’acheteurs avait provoqué la constitution d’invraisemblables stocks de matières premières et de produits manufacturés.
C’est aux États-Unis que la dépression débute et stupéfie les Américains autant qu’un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le pays traversait, en effet, une période de magnifique expansion économique dont le point culminant avait été, en 1928, l’élection du président Hoover. Cet homme d’État était ingénieur, le symbole des techniques nouvelles, le génie de la Productivité. Aucun problème ne se posait donc plus : penser devenait suspect, malsain, dangereux…
Brusquement, le 24/10/1929, le terrible krach de Wall Street, marque le point de départ d’une catastrophe financière dont les réactions en chaîne donnent aux faillites et au chômage des proportions inconnues. Le désordre gagne l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, la Belgique, un peu plus tard la France et le reste du monde industrialisé. Mais les Etats-Unis donnent tout de suite le spectacle d’une grande nation en plein désarroi ; aucun Européen ne s’imaginait l’intensité de la détresse dans laquelle ce peuple était subitement plongé. Cette situation s’aggravait déjà depuis trois ans et demi, mais Hoover se refusait encore à y croire. Il n’était même pas question d’accorder des secours à l’armée innombrable des chômeurs. Dans ses discours de la campagne présidentielle de 1932, Hoover proclamait que les chômeurs et les faillis ne sont que des paresseux et des incapables. Bien mieux, il apercevait la Prospérité au coin de la rue…





