La crise de 1929, suivi de la dépression des années 30

wallstreet1.jpg

La première guerre mondiale permit de réaliser d’immenses progrès techniques qui ne provoquèrent aucune surproduction, car celle-ci est inconnue tant qu’il s’agit d’alimenter le champ de bataille. La plupart des producteurs ignorent alors les embarras de Trésorerie. Ils n’ont, en effet, qu’un seul client, l’Etat, dont la demande est quasi illimitée puisque le problème du paiement ne se pose pas plus pour lui que celui de l’équilibre budgétaire. Cependant la tourmente avait duré quatre ans pendant lesquels, outre d’innombrables pertes humaines, on avait accumulé des ruines sur dix de nos plus riches départements littéralement pulvérisés. On estimait qu’un siècle de travail ne suffirait pas pour réparer un désastre pareil. Pourtant, dix ans après le coup de clairon de l’armistice, éclatait une crise mondiale plus profonde que toutes les devancières. Comme à l’ordinaire, on incrimine la surproduction, car le défaut d’acheteurs avait provoqué la constitution d’invraisemblables stocks de matières premières et de produits manufacturés.

C’est aux États-Unis que la dépression débute et stupéfie les Américains autant qu’un coup de tonnerre dans un ciel serein. Le pays traversait, en effet, une période de magnifique expansion économique dont le point culminant avait été, en 1928, l’élection du président Hoover. Cet homme d’État était ingénieur, le symbole des techniques nouvelles, le génie de la Productivité. Aucun problème ne se posait donc plus : penser devenait suspect, malsain, dangereux…

J9-1.jpg

Brusquement, le 24/10/1929, le terrible krach de Wall Street, marque le point de départ d’une catastrophe financière dont les réactions en chaîne donnent aux faillites et au chômage des proportions inconnues. Le désordre gagne l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie, la Belgique, un peu plus tard la France et le reste du monde industrialisé. Mais les Etats-Unis donnent tout de suite le spectacle d’une grande nation en plein désarroi ; aucun Européen ne s’imaginait l’intensité de la détresse dans laquelle ce peuple était subitement plongé. Cette situation s’aggravait déjà depuis trois ans et demi, mais Hoover se refusait encore à y croire. Il n’était même pas question d’accorder des secours à l’armée innombrable des chômeurs. Dans ses discours de la campagne présidentielle de 1932, Hoover proclamait que les chômeurs et les faillis ne sont que des paresseux et des incapables. Bien mieux, il apercevait la Prospérité au coin de la rue…

Les électeurs lui préférèrent tout de même Roosevelt, en exigeant de lui l’intervention de l’Etat, car l’économie était tombée si bas que la première signature de Roosevelt fut apposée sur un moratoire général de toutes les banques. On en devine les conséquences…

Dans son premier bilan, Roosevelt déclare que sur trois Américains, il y en a un qui est mal nourri, mal vêtu, mal logé. Des colonnes de chômeurs organisent une marche de la faim sur Washington, où la police les matraque. Cependant, quelques mois plus tard, le Bureau International du Travail avouait que le nombre des chômeurs secourus dans le monde atteignait le chiffre de 30 millions. Et l’on était loin de les secourir tous…

Or 30 millions de chômeurs et leurs familles font plus de 100 millions d’êtres humains, soit l’équivalent des populations réunies de la France et de l’Allemagne. Avant la dérisoire allocation de chômage, ces 100 millions d’êtres humains étaient donc dépourvus de tout pouvoir d’achat. Il est évident que cette montagne de besoins inassouvis avait pour contrepartie cette autre montagne de produits de toutes sortes dont regorgeaient les magasins et les entrepôts. QUI NE PEUT ACHETER RUINE QUI VOUDRAIT VENDRE !

Comment expliquer une situation aussi extraordinaire ?

1929.jpg

C’est qu’un événement prodigieux venait de se produire dans le monde. Pour la première fois dans l’histoire des hommes, on assistait à la rupture du parallélisme qui avait toujours existé entre la courbe de la production des richesses et la courbe de l’emploi des travailleurs. Les richesses augmentent, tandis que le nombre de travailleurs diminue. C’est le plus gros événement de tous les temps, car il marque une évolution définitive, irréversible des sociétés humaines que ce phénomène transforme de fond en comble. Il explique tous les désordres dont nous souffrirons avant de nous adapter : des stocks toujours plus considérables en face d’une masse grandissante de besoins inassouvis, d’où plus de misère dans plus d’abondance. Il devient donc définitivement utopique de prétendre réaliser l’équilibre entre l’offre et la demande, car l’offre sera toujours supérieure à la demande. Au reste, pourquoi vouloir aller à l’encontre de ce qui améliore le sort des hommes en les libérant de toujours plus de contraintes matérielles ? La loi du moindre effort nous pousse à obtenir le maximum de satisfaction avec le minimum de peine. Il est absurde d’imaginer que les progrès de la science vont désormais condamner les hommes à n’obtenir le minimum de satisfaction qu’avec le maximum de peine.

N’est-il pas plus simple de s’incliner devant l’évidence et de s’en réjouir ?

L’évidence est apportée par les travaux du National Bureau Research, organisme officiel du gouvernement des Etats-Unis ; il enregistre depuis 1863 les mouvements de production et du nombre des travailleurs. Ces études montrent que la courbe de la production agricole et celle du nombre des travailleurs demeurent parallèles jusqu’en 1920. La première continue ensuite de monter, tandis que la seconde s’infléchit définitivement. Les courbes de la production industrielle et de l’emploi restent parallèles jusqu’en 1919 ; puis la première continue à monter, tandis que la seconde descend sans arrêt. Depuis ces dates, l’écart entre ces courbes grandit continuellement tant que règne la paix. Le même phénomène se remarque avec un peu de retard dans les autres nations industrialisées.

Quand Roosevelt prend le pouvoir, le 04 mars 1933, les agriculteurs sont en pleins effervescence, les banques sont fermées, et l’on estime que le nombre des chômeurs complets dépasse quinze millions. Cependant le brain trust, dont le nouveau président s’est entouré, ignorait le phénomène que je viens de décrire, car Roosevelt inaugure une nouvelle politique économique qu’il baptise le new deal (nouvelle donne). Assimilant l’économie à un jeu de cartes, il est clair qu’il faut des cartes pour le jouer ; Or si les chômeurs sont hors du jeu, c’est qu’ils n’ont pas de cartes, c’est-à-dire pas de travail. Il y a donc maldonne et il faut redistribuer les cartes pour que les chômeurs aient des “occasions de travail” leur conférant le droit de prélever leur part sur les richesses produites. Commençons donc par faire disparaître les stocks qui sont « excédentaires », puisque personne ne les achète ! On assainira les marchés…

Cependant ces stocks n’avaient-ils pas été produits sans le travail des chômeurs ? Alors pourquoi leur travail deviendrait-il nécessaire pour les reconstruire ? […]

Cependant la tension internationale qui s’aggravait allait permettre de trouver des débouchés à des millions de gens sans emploi. L’économie allemande, malgré les brillants succès de son commerce extérieur, était en pleine désorganisation. Le pays comptait près de 7 millions de chômeurs complets.

Texte issu de l’ouvrage « Les yeux ouverts » (1955) de Jacques Duboin 1 (chapitre V, page 31). Ce livre est un cours complet d’économie politique et de l’histoire économique du XX° siècle.

  1. Pour en savoir plus sur Jacques Duboin vous pouvez visiter la page wikipedia qui lui est dédiée : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Duboin ↩︎

Retour en haut