EPI et EuroPA, deux des principaux consortiums de paiement du Vieux Continent, annoncent leur rapprochement technique pour permettre des virements instantanés interopérables dans quinze pays. Un front commun pour assurer la souveraineté européenne et poser une alternative crédible à l’euro numérique.
Un réseau unifié de virements instantanés pour 382 millions d’Européens
Les banques européennes accélèrent dans la bataille du paiement numérique. Ce lundi 23 juin 2025, les deux principales initiatives régionales, l’European Payments Initiative (EPI) 1 et l’European Payments Alliance (EuroPA) 2, ont annoncé dans un communiqué commun le lancement de travaux pour rendre leurs systèmes de paiement instantané compatibles d’ici la fin de l’été. Une avancée qui permettrait aux utilisateurs d’un service local, comme Wero en France, Bizum en Espagne ou MB Way au Portugal, d’envoyer et de recevoir de l’argent instantanément à travers les frontières, sans changer d’interface ou d’application.
Concrètement, cela signifie qu’un consommateur français pourra effectuer un virement instantané vers un ami en Espagne ou un commerçant en Italie, en utilisant son numéro de téléphone mobile, un QR code ou une adresse e-mail. Une initiative qui, à terme, pourrait couvrir près de 85 % de la population européenne, soit plus de 382 millions de citoyens dans quinze pays !
Une stratégie européenne de souveraineté monétaire
Au-delà des enjeux pratiques, cette alliance marque une nouvelle étape dans la volonté de l’Europe de réduire sa dépendance aux systèmes de paiement américains. « Nous devons garantir la souveraineté de l’Europe dans le domaine des paiements, notamment transfrontaliers », indiquent les deux consortiums. Longtemps dominé par Visa, Mastercard, PayPal ou Apple Pay, le secteur voit enfin émerger une initiative coordonnée à l’échelle du continent.
Le projet EPI, porté notamment par les grandes banques françaises (BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale, BPCE, Crédit Mutuel, La Banque Postale), s’est récemment ouvert à Revolut et à 5 banques luxembourgeoises. Il développe Wero, un système hérité de Paylib, qui permet d’envoyer des fonds en temps réel via des canaux simples et dématérialisés. De son côté, EuroPA capitalise sur une base solide dans le sud de l’Europe avec des acteurs comme Bancomat (Italie), Bizum (Espagne), MB Way (Portugal), et Andorra. Il annonce aujourd’hui plus de 50 millions d’utilisateurs, mieux que les 40 millions revendiqués par Wero.
Vers une réponse privée à l’euro numérique ?

Le moment choisi n’est pas anodin. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) poursuit ses travaux sur l’euro numérique, les grandes banques du continent redoutent une désintermédiation du secteur bancaire. Martina Weimert, PDG d’EPI, précise : « L’euro numérique pourrait être intégré dans nos applications comme Wero ou Bizum, ce qui éviterait de multiplier les canaux pour les consommateurs. »
La coopération EPI-EuroPA pourrait ainsi devenir un cadre d’accueil naturel pour une version digitale de la monnaie unique, tout en laissant les banques garder la main sur la relation client. Pour la BCE, l’enjeu devient politique : imposer un euro numérique souverain, sans heurter les équilibres du marché bancaire européen.
Un front nord-sud enfin réconcilié
Depuis sa création, EPI ambitionnait de réunir les forces du continent. Mais les défections d’acteurs espagnols et italiens, dans un premier temps, avaient fragmenté le projet. En appelant publiquement à « unir les forces » en avril dernier, EPI a tendu la main à EuroPA. Le geste a porté ses fruits.
« Compte tenu de l’évolution géopolitique récente, nous avons un besoin urgent de souveraineté européenne dans les paiements », martèle Martina Weimert. Et pour la première fois, une structure commune pourrait émerger entre banques du nord et du sud de l’Europe. L’objectif est clair : bâtir un réseau concurrentiel aux grandes plateformes mondiales, capable de proposer une alternative crédible, rapide, sécurisée et européenne.
Vers une généralisation du paiement instantané en zone euro
La Commission européenne pousse depuis plusieurs mois pour généraliser l’usage du virement instantané. L’interopérabilité technique entre Wero et EuroPA répond à cette exigence tout en préparant les conditions d’une adoption plus large. De nouveaux acteurs sont attendus prochainement, comme les systèmes Blik (Pologne), Iris (Grèce) et Vipps MobilePay (pays nordiques), qui pourraient rejoindre l’alliance en cours d’année.
Une infrastructure interconnectée et maîtrisée à l’échelle du continent pourrait, à terme, faire émerger un véritable marché intérieur du paiement numérique. Mais pour cela, il faudra dépasser les logiques nationales et convaincre les utilisateurs de migrer vers ces outils européens. L’ambition est posée. Il reste à transformer l’essai.
- European Payments Initiative : https://epicompany.eu/ ↩︎
- European Payments Alliance : https://fr.wikipedia.org/wiki/European_Payments_Alliance ↩︎
Journaliste financier | Analyste des marchés | Pédagogue économique Bonjour, je m’appelle Alex, j’ai 39 ans et j’exerce depuis plus de deux décennies dans le journalisme économique et financier. Mon objectif : rendre compréhensibles les rouages complexes des marchés financiers et des grands équilibres économiques pour un large public. Passionné par l’analyse macroéconomique, les dynamiques boursières et les tendances d’investissement, j’apporte chaque jour un regard rigoureux, indépendant et accessible sur l’actualité économique. Mon travail consiste…







